| Le conflit | Dossiers | Photos | Documents sonores | Biographies | Chronologie | Bibliographie | Lexique | Cartes | Recherche | Liens |

Eben-Emael

PRECEDENT

ACCUEIL

SUIVANT

Coupole 120 du fort

Coupole 120 du fort.

Hommes du groupe Granit

Hommes du groupe Granit.

L'objectif était pour les Allemands de prendre le contrôle des ponts du canal Albert, ce qui était indispensable pour l'offensive du groupe d'armées B de Von Bock. D'un côté il y avait le lieutenant Rudolph Witzig, commandant le groupe Granit du détachement aéroporté du capitaine koch, et de l'autre le major Jottrand, qui commandait la garnison d'Eben-Emael

Les Allemands avaient engagés 86 sapeurs, qui étaient transportés par 11 planeurs. Le fort abritait environ 650 hommes qui disposaient de canons de 120 et 75 millimètres, de canons antichars et de mitrailleuses. En Belgique le canal Albert(achevé en 1939 reliait la Meuse à Anvers) matérialisait la 1ère ligne de défense Belge. Au Sud-Est il traversait la montagne Saint-Pierre en passant par la tranchée de Caster, qui était d'une longueur de 1300m et d'une profondeur de 65m, et rejoignait le canal de la Meuse à Maastricht, face à la "trouée de Visé". 

Liège se trouvait à 20km vers le Sud et Maastricht à 4km vers le Nord-Est. C'est à cet endroit que fut construit de 1932 à 1935 le fort d'Eben-Emael. Des travaux étaient encore planifiés ou en cours le 10 mai 1940. 

Les Belges avaient adopté une position défensive qui s'appuyait sur un système échelonné (Ligne d'alerte, Position avancée, PFL 1 [Position Fortifiée de Liège], PFL 2, PFL 3, Armée en campagne déployée sur la rive gauche de la Meuse). Le fort d'Eben-Emael devait obstruer la "trouée de Visé" et interdire le franchissement du canal Albert sur 4 ponts : au Sud celui de Lanaye, au Nord Canne, Vroenhoven et Veldwezelt. Les ponts étaient minés et défendus par des blockhaus tenus par une garde. Le fort avait la forme d'un triangle isocèle dirigé vers le Nord et couvrait 45 hectares(domaine militaire de75 Ha). Il était enterré sous la Montagne Saint-Pierre et avait été construit sur trois niveaux. Les blocs étaient séparés par des portes hermétiquement closes. 

Encouragement des soldats par un général

Un général Allemand encourage ses troupes.

Deux batteries protégeaient le fort. La première regroupait  la coupole 120, les coupoles Nord et Sud, quatre casemates possédant chacune trois canons de 75mm. La deuxième batterie comprenait les blocs I, II, IV, V, VI, le canal Nord - canal Sud, le bloc 01 constituant l'enceinte extérieure du fort. L'ensemble était muni de canons à longue portée(120mm: 17km ; 75mm: 11km), de mitrailleuses(dont 6 mitrailleuses antiaériennes - 4 en batterie et 2 en réserve), de cloches blindées d'observation Aie (3), de cloches de guet et de projecteurs.  De plus, 6 PO Aie extérieurs étaient répartis au N et au S, reliés par téléphone.  Au total dix-sept blocs composaient le fort.  1200 personnes le servait, dont deux équipes de 500 artilleurs, l'une de service au fort et l'autre au repos à Wonck, petit village à 6 Km du fort (tournante hebdomadaire) et un groupe de 200 hommes chargé des détails techniques.

Hitler avait décidé d'attaquer la France en octobre 1939, juste après sa victoire contre la Pologne, mais il dut reporter l'attaque jusqu'au début de l'année 1940 à cause du mauvais temps. Le plan, élaboré par l'OKW ressemblait en grande partie au plan Schlieffen de 1914 : le groupe d'armées B, qui devait rassembler toutes les Panzerdivisions, devait lancer l'assaut principal dans les plaines du centre de la Belgique, tandis que le groupe d'armées A ferait diversion dans les Ardennes et que le groupe d'armées C immobiliserait les divisions Françaises de la ligne Maginot

Mais en janvier 1940, un officier de liaison allemand, en possession des plans initiaux, capturé après un atterrissage forcé à Maasmechelen, permit aux SR belges de prendre connaissance de ce plan. Hitler adopta donc le plan du chef d'état-major du GAA : Erich Von Manstein. Ce plan Manstein, aussi appelé "plan jaune", consistait à inverser les rôles du groupe d'armées B et du groupe d'armées A. Le premier devait désormais avancer en Belgique et en Hollande pour attirer vers le nord les meilleures armées Alliées, tandis que le second, précédé des divisions blindées, traverserait la Meuse au débouché des Ardennes et prendrait les Britanniques à revers en coupant leurs arrières. Hitler, en appliquant la stratégie de la Blitzkrieg allait engager en première ligne 3 500 appareils de la Lutwaffe, 10 Panzerdivisions(soit 2 600 chars), 4 500 parachutistes et une division d'infanterie aéroportée. 

Le 10 mai 1940, le groupe d'armées B de Von Bock, qui disposait de 30 divisions réparties sur un front de 300 kilomètres, attaqua la Belgique et la Hollande sans déclaration de guerre. Aux Pays-Bas, la XVIIIème armée Allemande franchit la frontière tandis que la Lutwaffe détruisait les aérodromes, l'aviation Hollandaise, et les centres de communication. 4 000 parachutistes furent largués sur Rotterdam et les ponts de l'estuaire du Rhin. Ils furent rejoints le 13 mai par la 9ème Panzer qui avait réussi une percée dans le Sud. Le 15 mai 1940, sans que son front eût été rompu, l'armée Hollandaise capitula. 

La majeure partie de ces unités spéciales étant réservées à la Hollande, la Wehrmacht ne disposait plus pour la Belgique que de 500 parachutistes, ingénieurs et sapeurs, du groupement du capitaine Koch. La VIème armée Allemande, qui était placée entre Anvers et Namur, avait besoin d'avoir les forts neutralisés et les ponts du canal Albert et de la Meuse pris intacts pour pouvoir progresser dans la plaine Belge et y attirer ainsi les Franco-Britanniques. 

Pour l'attaque un groupe d'assaut: le Sturmabteilung Koch, fut constitué. Les hommes de Koch furent divisés en quatre groupes. Le premier groupe, composé de 9 planeurs, devait prendre le pont de Veldwezelt. Le nom de code était "Stahl-Acier". Le deuxième groupe était composé de 11 planeurs(code "Béton") et devait s'emparer du pont de Vroenhoven. Le troisième groupe, composé de 10 planeurs(code "Eisen-Fer") devait prendre le pont de Canne. Quant au quatrième groupe(code "Granit"), qui était formé de 86 hommes (pilotes, sapeurs et artilleurs), il était chargé de prendre le fort d'Eben-Emael et était composé de 11 planeurs. Pour mener cette mission ils étaient équipés de lance-flammes, de grenades, de charges creuses et d'armes légères. 

Ce fort était presque entièrement enterré, était sillonné de galeries souterraines, et disposait de plus de 20 canons lourds, d'armes antichars et de mitrailleuses. 650 hommes étaient chargés de sa défense. Il était impossible d'approcher par voie terrestre mais en revanche la plate-forme supérieure, qui portait les coupoles et les casemates blindées, n'offrait presqu'aucune protection contre les attaques aériennes. 

Au fort l'alerte générale fut donnée à 00h30mn du matin et la confirmation d'alerte réelle à 3h du matin. Le matin du 11 mai 1940, cinq minutes avant le déclenchement de l'offensive sur tout le front, 9 des 11 planeurs du groupe Granit se posèrent sur la superstructure du fort, avec à leur bord des mitrailleuses, des lance-flammes et des explosifs à charge creuse. Un planeur fut contraint d'atterrir dans les environs de Düren, ne put repartir et son équipage rejoignit Eben-Emael par la route - il arriva le lendemain.  Le 11ème planeur, celui du Lieutenant Witzig, dut atterrir peu après son départ.  Witzig donna l'ordre à son équipe de dégager le terrain. Pendant ce temps, il partit vers Cologne, d'abord à pied, puis en voiture réquisitionnée, et revint avec un Ju-52 et un nouveau câble. Ils redécollèrent, et atterrirent enfin sur la superstructure du fort environ 2 heures après le gros de la troupe. Les sapeurs des 9 premiers planeurs réussirent en dix minutes à s'emparer des casemates de mitrailleuses, détruisirent ou neutralisèrent la plupart des canons, firent sauter les postes d'observation et les étages supérieurs. En moins de trente minutes les casemates Mi-Nord, Mi-Sud et les blocs d'artillerie capables de tirer vers le Nord(Ma 1, Ma 2, coupole Nord) ainsi que le bloc IV furent neutralisés. Ils se replièrent ensuite à la pointe nord du fort, appuyés par des Stukas, et résistèrent ainsi aux attaques de la 7ème division Belge. La garnison essaya de "nettoyer" les dessus en réalisant des tirs "à évent zéro"(c'est-à-dire que l'obus explose dès sa sortie du tube) mais elle échoua. Les forts de Pontisse, Barchon et Evegnée ainsi que l'artillerie de campagne des troupes se trouvant déjà sur place essayèrent aussi de déloger les Allemands mais ces tentatives échouèrent aussi. Le 11 mai, à 7 heures du matin, les parachutistes, qui avaient réussi à s'emparer des ponts de Veldwezelt et de Vroenhoven, furent rejoints par des troupes terrestres du bataillon de pionniers 51, à 6 heures du matin. Les 3ème et 4ème Panzers se déployaient en direction de Tongres. La garnison du fort se rendit le 11 mai 1940 à 12h30. 

Les Allemands avaient perdu 6 hommes et comptaient 15 blessés, tandis que les Belges dénombraient 23 tués, 62 blessés et près de 600 prisonniers(la garnison fut emprisonnée au camp de Fallingbostel, en Allemagne). Cette opération aboutit à la neutralisation du fort, à la prise de 2 ponts intacts sur le canal Albert(Veldwezelt et de Vroenhoven), et à la percée de la VIème armée Allemande en Belgique. 

Note : Les sapeurs étaient tous des parachutistes et les unités parachutistes Allemandes, à cette époque, étaient des unités de la Luftwaffe. 

[Haut de page]